Au début, une proposition
Courant août 2005, j’ai envoyé un
e-mail à une éditrice d’une grande maison d’édition parisienne (avec qui j’étais
en contact grâce au Politest), dans lequel je lui écrivais :
Vous
connaissez probablement le No Logo de Naomi Klein (la bible des
altermondialistes !) qui dénonce le comportement des grandes
multinationales. Mon Système C commence là où No Logo s'arrête.
J'ai
moi-même été cadre dans une de ces grandes entreprises. Je sais comment elles
fonctionnent, je connais leurs dérives, tout comme les contraintes auxquelles
elles sont soumises. Et je sais ce qui peut les inciter à modifier leur
comportement.
Les Etats ne sont plus assez puissants pour
leur imposer des normes sociales ou environnementales véritablement
contraignantes. Les grandes entreprises ne sont sensibles qu'à un seul type de
pression (en dehors de celle de leurs actionnaires) : la pression qui
vient de ceux qui les payent, c’est-à-dire de leurs clients. Pour plaire aux
clients, elles sont capables par exemple de se lancer dans une démarche de
"certification environnementale", démarche lourde et coûteuse (je
l'ai vécue !) qui consiste pourtant, pour une large part, à se mettre en
conformité avec les réglementations en vigueur...
Seulement,
malgré les prises de conscience croissantes des
"consommateurs-citoyens", les décisions d'achat restent le plus
souvent dictées par les attentes vis-à-vis des seuls produits (le prix, la
qualité). La prise en compte du comportement des entreprises qui fabriquent ces
produits reste marginale. Du coup, les consommateurs sont toujours plus choyés,
tandis que les citoyens, eux, sont négligés. Evidemment, les choses seraient
différentes si les revenus des entreprises dépendaient aussi
de l'opinion que les citoyens se font de leur comportement. Là, les citoyens
seraient traités avec autant d'égard que les consommateurs...
Le Système C propose un mécanisme qui
permettrait à cette "prise de pouvoir" citoyenne de devenir réalité.
Ce système est composé d'une multitude de pièces qui toutes s'insèrent entre
les intérêts et les contraintes des différents intervenants économiques -
entreprises, consommateurs, Etats, citoyens - pour former un puzzle dont les
espaces sont comblés au fil des pages, dessinant petit à petit un capitalisme
d'un genre nouveau, une sorte de capitalisme "à visage humain", où la
recherche du profit rejoint l'action citoyenne.
Le
Système C séduira les réformistes, car il modifie le système actuel en
conservant ce qu'il a de meilleur (la liberté, le progrès). Mais il plaira
aussi aux radicaux, tant les transformations qu'il porte sont profondes. Ainsi,
Le Système C est tout à fait capable de devenir... la nouvelle
bible des altermondialistes.
Voilà. Je
comprendrais que tout cela vous paraisse présomptueux. Sachez simplement que
j'ai conçu le Politest dans l'espoir qu'il aiderait ce texte à être pris au
sérieux.
Je vous
l'envoie, en espérant vous avoir donné envie de le lire.
J’ai écrit Le Système C
en 2004. Après avoir proposé, sans succès, le manuscrit à plusieurs éditeurs
(Le Seuil : « vif, ingénieux et souvent stimulant, mais l’ensemble
demeure disparate… »), je l’ai mis de côté et me suis consacré à la mise
au point du Politest, un test de positionnement politique basé sur une grille
d’analyse assez originale du paysage politique français. Le Politest a tout de
suite connu un certain succès (article dans Le Monde, interviews sur France Info,
Europe 1, France 2…), et a attiré près de 500.000 visiteurs dès les deux
premiers mois. Je me suis alors dit que, en tant que concepteur du Politest,
j’aurais peut-être plus de chance de faire éditer Le Système C…
Un mois après l’envoi du premier
e-mail, j’ai reçu la réponse suivante :
Bonjour,
J'ai lu
votre manuscrit et... je l'ai transmis au directeur éditorial de la maison.
Renseignements
pris, vous devriez avoir des nouvelles d'ici une semaine à dix jours.
Une réponse… énervante
Une semaine plus tard, réponse du
directeur éditorial (je cite mot pour mot) :
Monsieur,
Nous avons
bien reçu votre manuscrit Le Système C et vous en remercions.
Sans
méconnaître ce que vos propositions pourraient apporter à la situation
politique mondiale, force nous est de nous en tenir à une démarche commerciale
d’éditeur. Pour qu’un texte comme le vôtre retienne l’intérêt des médias, donc
soit remarqué par le public, il faut que la capacité d’expertise de l’auteur
soit déjà reconnue. J’entends bien qu’il y a une dimension un peu injuste dans
ce cercle vicieux mais nous ne pouvons, pour notre part, l’ignorer.
J’ajoute
que votre schéma nous a semblé très intellectuel et théorique et donc peu en
phase avec le débat que vous espérez provoquer sur la citoyenneté des
entreprises.
Navré de
ne pouvoir, en conséquence, vous accompagner dans cette aventure, je vous prie
de recevoir, Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
« Schéma très intellectuel et
théorique » : oui, c’est le risque, avec des idées… (Néanmoins, le
texte est facile à lire ! Si si !) Et quand même : « Sans
méconnaître ce que vos propositions pourraient apporter à la situation
politique mondiale » !!! (Ce monsieur pense-t-il vraiment ce qu’il
écrit ?)
Qu’est-ce qu’on fait, alors ?
Je relance mon éditrice :
Je viens de recevoir la réponse négative de
Monsieur T. P. Je comprends les raisons du refus, qui tiennent moins,
semble-t-il, à la qualité du manuscrit qu'à ma crédibilité en tant
qu'auteur.
J'aimerais,
s'il vous plaît, que vous me disiez vous-même ce que vous en avez pensé : Ce
texte a-t-il l'intérêt que je lui prête ? Dois-je poursuivre mes démarches pour
lui trouver un éditeur ? Et quel genre d'éditeur ?...
Réponse de l’éditrice :
En tenant compte de l'argumentation avancée
par T. P. (et donc des réflexions du comité de lecture), sans doute serait-il
bon d'obtenir une préface d'un homme politique bien en vue, ou d’une
personnalité de la mouvance altermondialiste, qui soit susceptible d'apporter
un poids supplémentaire et une caution à vos propos, avant de l'envoyer à
d'autres éditeurs...
Le problème, c’est que j’avais eu
l’idée avant qu’on me la souffle. Mais pour que ces gens-là s'intéressent à un
tel texte (parce qu'ils n'ont pas que ça à faire !), il faut d'abord qu'ils
soupçonnent que ça peut être intéressant. Mais comment attirer leur attention ?
En mettant le texte sur un blog,
par exemple.
Voilà pourquoi vous trouverez sur
ce site l’intégralité du manuscrit du Système C. Pour en faciliter
la lecture, j’y ai ajouté un petit résumé chapitre par chapitre : vous
pourrez ainsi vous faire une première idée avant, si vous le souhaitez, d’aller
plus loin dans la découverte de ce système assez surprenant, qui apporte des
réponses aussi bien aux problèmes de délocalisations que de développement,
d’environnement… et même de qualité des programmes télé !